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Les
Six Cents Franchimontois
Godefroid
Kurth :
La Cité de Liège au Moyen-Age
Edition L. Demarteau, T.III., pp. 320 et suiv. (Liège,
1909)
On
était le samedi 29 octobre. Cernée par un
ennemi nombreux et bien équipé, abandonnée
de la plupart de ses défenseurs, dont les uns étaient
morts et les autres en fuite, n'ayant plus ni remparts,
ni armes, ni munitions, la Cité allait devenir
la proie de ces horribles hordes de mercenaires qui furent
du XIVe au XVIIIe siècle la honte de l'Europe civilisée.
Déjà,
n'ayant plus entre eux et la fête du carnage que
l'épaisseur d'un mur, les soldats bourguignons
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«
hennissaient après le butin », selon la forte
expression d'un chroniqueur, et s'enivraient à l'idée
des voluptés sans nombre que leur réservait
le sac de la ville agonisante. Le pillage, l'incendie, le
massacre, le viol, le sacrilège, l'orgie, tout ce
que la brute humaine subitement déchaînée
peut se permettre d'inouï et de monstrueux surgissait
dans cette nuit de rêve et de fièvre pour caresser
l'imagination des assiégeants et plonger dans une
stupeur affolée l'esprit des assiégés.
Encore quelques heures, et sur la Cité passerait
la tourmente meurtrière après laquelle il
ne devait plus rien rester de Liège ni des Liégeois.
C'est
à ce moment solennel qu'un exploit d'une fabuleuse
audace fut sur le point de tout sauver.
L'auteur en était ce hardi et entreprenant Gossuin
de Streel, que nous avons rencontré auparavant parmi
les plus exaltés des révolutionnaires liégeois.
Les splendides qualités de cette nature de héros,
paralysées ou perverties dans les tristes conflits
de la guerre civile, allaient s'épanouir avec un
éclat magnifique dans sa dernière entreprise,
inspirée par le patriotisme le plus pur et le plus
élevé. S'inspirant de l'exemple de Jean de
Wilde, il imagina un de ces coups de main qui étaient,
depuis un mois, la dernière ressource des défenseurs
de la Cité. |
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Le
plan, habilement conçu, paraît avoir été
suggéré à Gossuin de Streel par les
révélations qu'étaient venus faire
à Liège les propriétaires des deux
maisons où étaient logés le duc et
le roi. Ce fut pour Gossuin un trait de lumière.
Connaissant parfaitement la configuration du terrain et
renseigné maintenant, avec une exactitude parfaite,
sur la place précise qu'y occupaient les deux chefs
de l'ennemi, il arrêta immédiatement les grandes
lignes de son projet. Pénétrer par surprise
dans le camp bourguignon et jusqu'au logis du duc et l'enlever
ou au besoin le tuer dans son sommeil, pendant que d'autre
part une diversion faite contre l'avant-garde bourguignonne
empêcherait celle-ci de venir à la rescousse,
telle était la donnée maîtresse (1)
Chargeant Vincent de Buren de faire la diversion, Gossuin
se réserva la partie principale de l'entreprise,
qui consistait dans l'attaque du camp de Charles (2).
Celui-ci,
campé devant la porte Sainte-Walburge, avait son
flanc droit protégé par les hauteurs abruptes
qui portaient le nom significatif de Falconpire, et dont
le vocable a passé de nos jours au ravin sous la
forme altérée de Fond-Pirette (3). Beaucoup
plus escarpées alors, la houillère de Sainte-Walburge
n'ayant pas encore comblé de ses déchets le
val en question (4), elles formaient une défense
naturelle à peu près inexpugnable. |
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La
porte de Sainte-Walburge et la colline dominant la ville. |
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C'est
de ce côté, le seul qui ne fût pas surveillé,
que Gossuin de Streel décida d'attaquer le camp.
Il espérait, après avoir gravi les flancs
du ravin, pénétrer d'emblée dans le
logis du duc, et s'emparer de lui mort ou vif avant que
l'alarme fût donnée (5). Les propriétaires
des maisons où logeaient le duc et le roi s'offraient
à lui servir de guides.
Tous les rôles étant ainsi distribués
et les principales dispositions arrêtées, Gossuin
rassemble le soir ses soldats. Ils étaient au nombre
de plusieurs centaines (6), la plupart de ce pays de Franchimont
dont la fidélité obstinée au malheur
restait la dernière consolation de la Cité
(7). |
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